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Société

Souad Benmassaoud: « Pendant le confinement, beaucoup de femmes sont victimes de violence conjugale »

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Le contexte actuel de confinement que vit notre pays, met certaines femmes dans une situation de vulnérabilité. Elles sont, en effet, exposées, plus que d’ordinaire, aux violences conjugales. Souad Benmassaoud, attire l’attention sur ces femmes qui souffrent en silence. Elle est coordinatrice de la compagne de la Fédération des Ligues des droits des femmes (LDDF) « citoyenneté responsable et lutte contre les violences et les discriminations envers les femmes pendant la crise du coronavirus ». Dans cette interview, Mme Benmassaoud revient, avec nous, sur  les raisons de cette violence et sur l’aide que peuvent apporter les associations aux victimes.

Le Moment: De quelle manière cette situation exceptionnelle de confinement donne-t-elle lieu, dans certains foyers, à des violences conjugales et familiales ?

Souad Benmassaoud: D’abord, la situation de confinement est en elle-même assez difficile à vivre et engendre du stress et de la pression pour tous les membres de la famille. Cependant les femmes vivent, doublement, ce stress et cette pression  du fait qu’elles sont exposées aux violences dues au patriarcat et au machisme, qui sont des mécanisme de domination masculine. Le confinement fait aussi que les hommes sont à la maison la majorité du temps et parfois sans ressources, pour ceux qui travaillent dans le secteur informel mais aussi ceux qui  sont dans l’addiction aux drogues et à l’alcool. Ce sont là, les facteurs déclencheurs de la violence domestique et conjugale. Cette maltraitance est la conséquence des rapports de force inégaux entre les hommes et les femmes et de la domination masculine.

A l’instar de beaucoup d’autres pays, est ce que la violence conjugale a augmenté au Maroc, en cette période d’urgence sanitaire ? Disposez-vous de remontées et de données chiffrées concernant ce phénomène?

Pour ne citer que notre exemple, je dirai qu’au niveau du réseau LDDF-INJAD avec le réseau des femmes solidaires qui regroupe une vingtaine d’associations à travers le Maroc, nous avons reçu jusqu’à maintenant des appels de la part d’une vingtaine de femmes victimes de violence. Mais nous sommes convaincus que ce chiffre ne reflète pas la réalité de la situation, car nous estimons que beaucoup de femmes sont victimes de violence, mais n’arrivent pas à dénoncer  leurs agresseurs. Nous demandons plus de mobilisation, aux acteurs étatiques, en s’inspirant des recommandations des instances onusiennes pour lutter contre la violence basée sur le genre, pendant cette période du confinement. D’un autre côté, la LDDF-INJAD avec le réseau des  femmes solidaires ont réussi, jusqu’à maintenant, à venir en aide économique à une centaine de femmes en situation de vulnérabilités.

Justement, qu’en est-il des femmes victimes de violence économique?

C’est, effectivement, un volet sur lequel se penche notre réseau, parce que considéré d’une importance primordiale. Nous avons donc élaboré un programme de soutien et de solidarité sociale et économique, en faveur des femmes chefs de ménages, travaillant dans le secteur informel (aide dans les foyers ou dans les hammam, vendeuses de gâteaux, femmes aux foyers qui participent au budget familiale …..) et qui se sont retrouvées sans revenue durant cette période de confinement. Cette solidarité se fait  par les membres de l’association et aussi à travers la mise en liaison de ces femmes demandeuses d’aide avec des donateurs. Nous avons également, au sien de la LDDF-INJAD et réseau femmes solidaires, un rôle de sensibilisation et d’orientation des femmes sur les procédures à entamer pour bénéficier des aides mises à disposition par les autorités gouvernementales.

Concrètement, comment les associations peuvent-elles venir en aide aux victimes des violences domestiques ?

Plusieurs initiatives ont été prise par les associations pour essayer de soulager les souffrances des femmes victimes de violence, durant cette période de crise. Depuis que l’État a incité les gens à travailler à distance, le 16 mars dernier, notre association a mis à la disposition des femmes, une liste de numéros de téléphone de ses écoutantes et assistantes sociales, pour les orienter et leur fournir une consultation juridique et sociale. Le réseau LDDF-INJAD contre la violence du genre est également en train de mettre en place une plateforme de soutien psychologique, à distance, prodigué par des psychologues et des coachs. Nous avons diffusé ces listes à travers nos contacts, sur les réseaux sociaux et à travers les médias pour toucher le plus de femmes.

Comment les femmes victimes de violence peuvent-elles (dans le contexte actuel) alerter sur leur situation?

Elles peuvent demander de l’aide à travers les numéros de téléphone et les plateformes d’écoute ,mis à leur disposition par plusieurs associations et aussi auprès des différents tribunaux du royaume, qui ont diffusé leurs numéros et mails pour celles qui voudraient déposer plainte.

Toutes les femmes n’ont pas accès à ces infirmations…

Tout à fait, et c’est pour cette raison que notre association s’est engagée dans une compagne de sensibilisation dans ce sens, à travers les réseaux sociaux et les médias. Les assistantes sociales et les victimes sont aussi des intermédiaires entre les femmes et les différents acteurs de prise en charge des femmes victimes de violence, pour que celles-ci puissent dénoncer les excès.

Comment s’organisent les services d’écoute et d’assistance en cette période d’urgence sanitaire ?

Les services d’écoute s’organisent à travers les appels téléphoniques et les communications « wattssap » entres les femmes demandeuses de services et les assistantes et avocats-(tes) du réseau LDDF-INJAD contre la violence du genre.

 

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