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Interview du Dr Saïd El Kettani: « Nous allons devoir vivre avec le virus »

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Le Dr Saïd El Kettani, spécialiste en médecine interne, exerce en privé à Settat depuis plus de 10 ans, après un parcours de 20 ans en Santé publique. Il enseigne également à l’université Hassan I, à Settat (FST, Institut Supérieur des Sciences de la Santé et Institut Sport et santé). Dans cet entretien, ce praticien décrypte, pour nous, la courbe des contaminations au Maroc et nous donne ses recommandations pour un déconfinement sans risques.

 

Le Moment: Pour commencer, pourriez-vous nous faire une lecture de la courbe actuelle des contaminations au Maroc ?

Dr Saïd El Kettani: Pour procéder à une analyse de la situation actuelle, nous devons prendre en considération que les chiffres reflètent deux déterminants essentiels: la définition des cas suspects, qui, avant, était trop restrictive et le nombre faible des tests diagnostiques, au début. Ce dernier point étant en relation avec les réactifs et les laboratoires dotés d’un niveau de sécurité élevé (P3 ou P4).

L’analyse de l’évolution hebdomadaire donne plus de visibilité que l’analyse journalière. Les premières semaines étaient marquées par une ascension importante jusqu’à 1200 cas/semaine atteints lors de la semaine du 13/04 au 19/04 puis nous avons enregistré une stagnation relative avec fluctuation des chiffres entre 800 et 1100 cas/semaine. La semaine qui vient de s’écouler confirme la baisse.

Pour avoir une vision plus globale, nous allons comparer les situations entre le 01/04, le 30/04 et le 26/05/2020. En effet, le nombre total des cas positifs est passé de 654 à 4423 puis à 7.556. Il a donc été multiplié respectivement par 6,8 puis uniquement par 1,0. Le nombre global des décès a, quant à lui, été multiplié par 4,4 puis uniquement par 1,0. Avec un taux de létalité actuel à 2.7%. Nous assistons à une réelle baisse des chiffres, les semaines à venir vont, je le souhaite, confirmer cela.

Que signifient ces chiffres ?

Ces chiffres sont le reflet d’un effort très important au niveau du nombre de tests réalisés. Le Maroc est passé, d’un total de 476 tests effectués le 01/04 à 13689 tests le 30/04 puis actuellement à un total de 142127, soit une progression respectivement de 28 fois et de 10 fois.

A votre avis, à quoi est due l’instabilité de la courbe des contaminations et comment voyez-vous son évolution ?

Il est très difficile de répondre à cette question. Les paramètres sont trop nombreux et incontrôlables. A mon humble avis, la chance y est pour beaucoup. La contagiosité se fait plus en milieux confinés qu’en plein air. Il s’agit d’une maladie nouvelle. L’évolution des courbes arabes en est la preuve. Il y a beaucoup de différences selon les pays. L’évolution est encore imprévisible sur le court terme mais sur le moyen terme, (quelques semaines), nous aurons une dégression comme cela a bien été constaté dans les pays européens.

Bientôt, le confinement sera levé au Maroc. Quelles sont les mesures à prendre, par les autorités, pour garantir un passage, sans risque, du confinement à la « vie normale » ?

Avec la disponibilité des tests (20000 par jours), nous pouvons commencer à déconfiner, dès maintenant et progressivement, les provinces peu touchées et surveiller intensément. Nous apprendrons alors et ajusterons les solutions, au cas par cas. En parallèle, la situation dans les quartiers, à haute densité urbaine, doit être revue. Il est très difficile de demander à des citoyens qui vivent à plusieurs dans une même chambre de respecter le confinement.

Par ailleurs, l’État doit faciliter aux citoyens l’application des gestes barrières. Les grandes surfaces, les magasins et même les administrations doivent revoir leur mode de fonctionnement. Il faudrait ouvrir les magasins, les guichets de poste vers l’extérieur et ainsi diminuer la condensation à l’intérieur des magasins et des administrations.

Après le déconfinement, la situation restera certainement « fragile ». Qu’est-ce qu’il faut que les gens évitent de faire pour ne pas réduire à néant tous les efforts consentis ?

Les gens ne demandent qu’à respecter les consignes des pouvoirs publiques, qui doivent leur faciliter cela en innovant d’autres manières d’achat des denrées alimentaires, de régler les factures etc. Il Faut inciter le citoyen à pratiquer une autosurveillance de son état de santé. Pour cela il est recommandé que les ménages disposent d’un thermomètre à domicile. Il faudrait consulter au moindre signe. Les hôpitaux doivent s’ouvrir pour accueillir tous les malades, tout en instaurant un système de tri et de double circuit.

Le risque, c’est après le Covid: nous aurons des catastrophes au niveau de la vaccination des enfants et des autres pathologies chroniques (Diabète, HTA, Accidents vasculaires cérébraux, Cancers ….

 Quelle sera la responsabilité de chaque citoyen pour se protéger et protéger les autres ?

Est-ce que nous avons investi dans l’éducation civique des citoyens bien avant cette pandémie ? Quand nous observons le nombre de « brûleurs de feu rouge » dans nos ronds-points, nous avons la réponse à cette question. La notion de risque et sa gestion est une donnée presque inexistante au Maroc. En tant que médecins, nous en soufrons dans la prise en charge de nos malades chroniques chaque jour. Mais globalement, protéger les autres passe par l’hygiène constante des mains et l’utilisation adéquate de masques efficaces, lorsqu’on est à proximité d’une autre personne.

Que conseillez-vous aux gens pour mieux prévenir cette maladie ? 

Il faut se protéger des formes graves du Covid-19. Les critères modifiables qui donnent le plus grand risque de décès sont le surpoids et l’obésité. Pour les éviter, il faut observer une Bonne hygiène de vie: activité physique régulière adaptée pendant un minimum de 30 minutes par jour ainsi qu’une alimentation saine comportant peu de produits sucrés et peu de pain.

Quel est l’intérêt du dépistage massif, au stade actuel de la propagation du virus dans notre pays ?

On parle ici de la recherche des composants du virus SARS-Cov-2 dans l’organisme humain. L’objectif du dépistage est de proposer une action. Lors d’un dépistage positif il s’agira de soigner ou d’isoler le malade (avec ou sans signe cliniques). Si le test est négatif il s’agira de surveiller et surtout sensibiliser ! Le danger c’est qu’une fois déclaré négatif le sujet risque de ne pas respecter les gestes barrières et l’hygiène des mains et de l’éternuement ou la toux ! Or, cette personne déclarée négative maintenant, peut être contaminée, dans quelques heures, par un malade ou un porteur sain, ou, rarement, le test peut être faussement négatif !

Au lieu d’un dépistage de masse, il faudrait privilégier un dépistage ciblé, adapté à chaque ville ou province, et périodique des professions les plus exposées (comme réceptrices ou comme émettrices). Pour mémoire, un autre dépistage existe. C’est le dépistage sérologique qui cherche si le sujet a développé des anticorps contre des composants du virus. Ses objectifs sont différents.

Devoir vivre avec le virus est presque une certitude…mais pour combien de temps à votre avis ?

Pour toute la vie. Si ce n’est pas le virus SARS-Cov-2 actuel ce sera un autre virus. D’où l’importance du lavage des mains dans toutes les circonstances. Les règles d’hygiène lors de l’hiver avec la grippe (éternuement, toux) doivent être maintenues toute l’année. Il va falloir continuer à saluer avec respect, tout en considérant que la main est un objet souillé jusqu’à preuve du contraire. Plusieurs maladies à transmission hydrique ont été presque éradiquées avec l’hygiène des mains et de l’eau.

Il faut également veiller à renforcer son immunité avec une bonne hygiène de vie et une activité physique régulière et adaptée. Il est aussi impératif de revoir notre mode d’investissement et de consommation, avoir une autosuffisance en biotechnologie et renforcer réellement la recherche.

 

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